En attendant l’entrée en service de Nordstream 2, les prix du gaz atteignent un nouveau record

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Début de semaine de folie pour le marché européen du gaz : après un record atteint le 13 septembre à 713,10 dollars pour 1 000 mètres cubes, selon l’indice de la bourse néerlandaise du gaz, le Title Transfer Facility (TTF), le cours a dépassé 800 dollars, (675 euros) le lendemain.

Cela signifie que les contrats à terme à partir d’octobre dépassent déjà 65 euros le mégawattheure (MWh) et sont attendus à plus 66 euros le mois suivant. Un sérieux problème pour les consommateurs particuliers et professionnels. Ainsi, le prix du MWh de gaz sur les marchés de gros est actuellement proche de celui qui était facturé à l’utilisateur final, il y a un an, taxes et marges des fournisseurs inclus.  

Si les prix ont augmenté, c’est en grande partie parce que le marché européen est actuellement sous-approvisionné, avec des niveaux de stockage bien inférieurs à leur moyenne quinquennale. Cela s’accompagne d’une demande accrue dans le cadre de la reprise post-pandémique et d’une récente baisse des livraisons de ses principales sources d’approvisionnement, y compris la Russie, en partie en raison de la baisse des flux à travers l’Ukraine et de problèmes techniques qui ont drastiquement réduit les livraisons russes via le gazoduc terrestre Yamal-Europe.

Or la situation pourrait encore s’aggraver à court terme, selon les analyses de l’agence Bloomberg qui estime qu’«à environ un mois du début de la saison de chauffage, l’Europe n’a pas assez de gaz naturel dans les sites de stockage et ne constitue pas non plus des stocks assez rapidement.»

Le GNL américain absent

Et surtout, alors que les sanctions américaines contre Nord Stream 2 avaient aussi pour but de faire une place sur le marché européen au gaz naturel liquéfié importé des Etats-Unis, Amos Hochstein, conseiller principal du département d’Etat pour la sécurité énergétique, cité par l’agence Reuters, a prévenu la semaine du 6 septembre que les livraisons américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) ne pouvaient pas être augmentées.

Cependant, la situation pourrait changer lorsque la Russie commencera à livrer du gaz au marché européen via le gazoduc Nord Stream 2 conçu pour transporter quelque 55 milliards de mètres cubes de gaz par an depuis les champs gaziers sibériens en Russie à travers la mer Baltique vers l’Europe. Sa construction s’est en effet achevée la semaine dernière, mais le calendrier exact du début des livraisons de gaz dépend encore du processus de certification en Allemagne. Toutefois ce processus qui a déjà commencé devrait encore prendre au moins quatre mois.

Voyez-vous, je pense que nous devons passer du processus consistant à parler de ce que nous aurions tous souhaité qu’il se passe, que le projet ne soit pas terminé, à la réalité qui est maintenant qu’il va être terminé

De plus, la Pologne et l’Ukraine, principaux alliés de Washington en Europe dans sa confrontation avec la Russie, pourraient livrer des combats juridiques d’arrière-garde pour tenter malgré tout d’empêcher l’entrée en service du gazoduc. Toutefois, le soutien américain s’est singulièrement réduit dans ce combat. Ainsi, lors de sa récente visite en Ukraine, en marge du 17e sommet de la stratégie européenne de Yalta, le conseiller à l’énergie de la diplomatie des Etats-Unis a révélé de nouveaux objectifs plus modestes : tenter de faire en sorte que le contrat de transit gazier en la Russie et l’Ukraine soit renouvelé au-delà de 2024, sa date d’expiration, afin de préserver les revenus de transits perçus par l’Ukraine.

En attendant 2024

«Voyez-vous, je pense que nous devons passer du processus consistant à parler de ce que nous aurions tous souhaité qu’il se passe, que le projet ne soit pas terminé, à la réalité qui est maintenant qu’il va être terminé», a ainsi déclaré Amos Hochstein, cité par Reuters. Il a ajouté, selon la même source, qu’il restait un peu de «marge de manœuvre» d’ici 2024, pour s’assurer que l’Ukraine conserverait son statut de pays de transit, mais aussi pour que Kiev «s’oriente vers des sources d’énergie alternative». En effet, l’Ukraine, en plus des revenus du transit du gaz russe sur son territoire (tombés depuis le début de la décennie à un milliard de dollars par an après en avoir rapporté quatre fois plus) a aussi besoin de ce dernier pour sa propre consommation.

Alors que l’agence lui demandait s’il avait confiance dans les chances pour l’Ukraine de conserver son statut de pays de transit pour le gaz russe, le conseiller énergie du département d’Etat aurait conclu : «Je suis convaincu à 100% que nous ferons tout ce que nous pouvons et que les Allemands se sont engagés à faire tout ce qu’ils peuvent pour s’assurer que ce transit continue.»

Ivan Lapchine

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